Décès de l’organiste Pierre Bardon

organiste émérite de la basilique Sainte-Marie-Madeleine de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume.

 

Pierre Bardon s’en est allé.

Le 25 février 2021, l’organiste et flutiste Pierre Bardon s’est éteint à l’âge de 86 ans.

Pierre Bardon en 2018 à Saint-Maximin,
Crédit : Jean-Sébastien Bardon.

Le parcours exceptionnel de ce musicien a profondément marqué le paysage musical français de la deuxième moitié du XXème siècle. Nommé titulaire de l’orgue Isnard de la Basilique de Saint-Maximin en 1961 peu après avoir été nommé professeur de flûte au conservatoire d’Aix-en-Provence, il en devient le « serviteur », selon ses propres mots. Cet instrument deviendra mythique à une époque de redécouverte des traités anciens, changeant profondément le regard et l’interprétation du répertoire des XVIIème et XVIIIème siècles. Ami de Michel Chapuis, Francis Chapelet ou encore d’André Sticker, Pierre Bardon a fait de Saint-Maximin, un lieu d’échange autour de ce répertoire, grâce à l’Académie d’été et aux soirées de musique française au couvent royal.

Son premier disque, « Les organistes du Roy Soleil » pour la maison Verany, lui vaut le grand prix du disque en 1978 et le fait connaitre du grand public, marquant de nombreux musiciens. Après une longue et belle carrière de concertiste, de musicien d’église et de pédagogue, Pierre Bardon a souhaité se retirer quelque peu de son service hebdomadaire pour des raisons de santé et deviendra titulaire émérite de la Basilique de Saint-Maximin en 2019. Son humilité, son accueil légendaire à la tribune, sa foi ardente et ses 60 années de service à la Basilique resteront à jamais dans notre mémoire collective.

Enfin, quelques mots extraits de l’éloge funèbre de Monseigneur Ravotti, ami de 50 ans : « Nous vous pensons désormais organiste de l’assemblée céleste.  » Quel admirable concert ! « , pour reprendre les mots de Bach, en présence de la Vierge Marie, des anges musiciens, de Sainte-Cécile et de tous les saints, et bien-sûr de Marie Madeleine dont vous avez souvent, la nuit, troublé le sommeil, mais qui ne vous en a point tenu rigueur, puisque les saints ne dorment jamais beaucoup. Au contraire en bonne Provençale qu’elle est devenue, elle a dû être ravie par votre maestria à l’orgue situé au-dessus de son tombeau. »
 

Adieu Pierre et merci.

Emmanuel Arakélian
Organiste titulaire de la basilique Sainte-Marie-Madeleine de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume

 
________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________06/03/2021

Communiqué Orgue en France sur l’orgue de Vire (Calvados)

ORGUE Aristide CAVAILLÉ-COLL de la chapelle Saint-Louis de l’hôpital de Vire (Calvados)

 
Paris, le 4 mars 2021

Orgue en France a été informée par un article de presse, en décembre 2020, de la décision de la direction de l’hôpital de Vire de céder de façon imminente l’orgue Aristide Cavaillé-Coll de la chapelle de l’hôpital de Vire (Calvados) lui appartenant, au diocèse de Mayence (Allemagne). Comme les habitants de Vire, nous n’avions pas été informés jusqu’à cette date de l’intention du centre hospitalier de se séparer de cet instrument.

Les médias locaux et nationaux ont largement relayé cette affaire qui a ému bien au-delà du milieu patrimonial et associatif.

Cet orgue de 1864, intact et « in situ » même si non utilisé depuis de longues années, est l’un des rares survivants d’instruments destinés aux chapelles d’hôpitaux et d’hospices, construits par Aristide Cavaillé-Coll. Il est situé dans une chapelle construite au XVIIème siècle et inscrite au titre des Monuments Historiques. Cet instrument est précieux, témoin de l’histoire de Vire et de l’histoire de la facture d’orgues française, dans une ville bombardée pendant la deuxième guerre mondiale dont la chapelle et l’orgue ont miraculeusement survécu, même s’il n’est pas lui-même protégé au titre des Monuments Historiques.

 

Plusieurs actions ont été menées avec l’accord unanime du conseil d’administration de l’association :

  • courrier au maire de Vire, président du conseil de surveillance de l’hôpital de Vire, dès le 28 décembre 2020 ;
  • alerte du ministère de la Culture (direction générale des patrimoines, bureau des orgues) ;
  • courrier à Madame la ministre de la Culture, pour qu’elle mette en œuvre une mesure d’urgence (instance de classement, valide 12 mois) permettant de geler la situation, d’instruire le dossier de protection et d’étudier sereinement des solutions alternatives ;
  • proposition adressée au propriétaire de retarder toute décision irréversible concernant l’orgue par un moratoire afin de pouvoir envisager, avec lui et toutes les parties prenantes, les solutions pour le maintien prioritaire à Vire de cet instrument (avec la proposition de mise en œuvre d’une étude patrimoniale et technique approfondie de l’instrument, ce qui n’avait pas été envisagé jusqu’à présent).

 

Parallèlement à l’action d’Orgue en France, de multiples interventions ont été faites auprès du propriétaire et de nombreux soutiens apportés à l’association locale qui avait lancé une pétition, qui, à ce jour, a déjà rassemblé des milliers de signatures. Jusqu’à ces derniers jours, nous avons été en contact direct avec le président de cette association, non seulement pour le soutenir, mais aussi pour coordonner nos démarches.

 

Dans la soirée du mercredi 3 mars, le maire de Vire, président du conseil de surveillance de l’hôpital, a publié un communiqué dans lequel il annonce sa décision de retirer le point concernant le devenir de l’orgue de l’ordre du jour de la réunion du 12 mars du conseil de surveillance qui devait statuer définitivement, « estimant que les conditions nécessaires n’étaient pas réunies pour qu’un débat serein se tienne et aboutisse à une décision partagée, qui puisse être comprise par tous et qu’il fallait au contraire se laisser du temps afin d’examiner les différents scenarii possibles, aucune hypothèse ne devant, par principe, être exclue. (Etc.) »

 

Nous restons attentifs et vigilants et ne manquerons pas de vous informer de la suite de cette affaire.

 
________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________04/03/2021

Rencontres régionales 2021

Pour la 10ème année consécutive, Orgue en France organise des « Rencontres régionales » dans plusieurs villes de France. Elles se dérouleront cette année à partir du samedi 6 mars.

Un programme a été présenté lors de l’Assemblée Générale du 23 novembre 2020 mais en raison de la situation sanitaire, il a déjà été modifié et il est susceptible de l’être à nouveau. A ce jour :

La Chaise-Dieu – Abbatiale Saint-Robert
(CC BY-SA 3.0)

  • Six rencontres sont confirmées et elles auront lieu en téléconférence sur Zoom :

    o Samedi 6 mars Montpellier (Hérault)
    o Samedi 13 mars Royan (Charente Maritime)
    o Samedi 24 avril Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne)
    o Samedi 1er mai Vouvant (Vendée)
    o Samedi 15 mai Saint-Malo (Ille-et-Vilaine)
    o Samedi 5 juin Givors (Rhône)

 

Au cours de ces rencontres, les actions en cours et des projets de l’association sont présentés. Ces rencontres ont aussi pour but de permettre aux uns et aux autres d’exprimer leurs priorités, leurs préoccupations, de partager les expériences et les initiatives, et d’évoquer les projets régionaux.

Les personnes intéressées peuvent s’inscrire dès à présent en adressant un mail à l’association (contact@orgue-en-france.org). Elles recevront le lien Zoom permettant de suivre cette visioconférence.

Par ailleurs, des questions peuvent être préalablement envoyées ; il y sera répondu au cours de la rencontre.

 
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Cinquantième anniversaire de la mort d’Alfred Desenclos (1912-1971)

Prix de Rome 1942
Rolande Falcinelli,
Alfred Desenclos,
Raymond Gallois-Montbrun.

Concours de Rome 1938,
Château de Fontainebleau.

Le 3 mars 1971 disparaissait Alfred Desenclos, à l’âge de 59 ans.

Premier grand prix de Rome en 1942, Alfred Desenclos est plutôt perçu comme un compositeur de musique instrumentale dont les œuvres pour saxophone ou trompette, par exemple, sont jouées dans le monde entier. Sa messe de Requiem, créée à l’ORTF en 1965 dans sa version pour grand orchestre, a connu un regain de notoriété en 1997 lors de la parution de l’enregistrement du chœur les Eléments dirigé par Joël Suhubiette* dans sa version avec accompagnement d’orgue, la révélant d’emblée comme une œuvre majeure de la musique sacrée du XXème siècle. De très nombreux chœurs professionnels ou amateurs en Europe, Royaume-Uni, Etats Unis, l’ont depuis, inscrite à leur répertoire.
Photo Concours de Rome 1938 : De gauche à droite : André Lavagne, Simone Litaize (derrière), Gaston Litaize, Eliane Richepin, Alfred Desenclos, Raymond Gallois-Montbrun (derrière) et Henri Dutilleux (assis)
(Coll. Claude Pascal, avec son aimable autorisation) DR

Cette œuvre nous rappelle qu’Alfred Desenclos n’a jamais perdu le contact avec la musique sacrée et l’orgue depuis son arrivée à Paris en 1932 pour suivre les cours au Conservatoire. Pour gagner sa vie, il occupe alors le poste de maître de chapelle de Notre-Dame-de-Lorette, écrit la musique destinée aux offices dont il a la charge et tient l’orgue de chœur, jusqu’à la guerre de 39 où il sera mobilisé. Directeur du conservatoire de Roubaix de 1943 à 1950, il continue d’écrire de la musique liturgique pour certaines occasions, comme le Pater noster en mai 44 pour le mariage d’amis ou le Jam non dicam en mai 53 pour l’ordination d’un neveu. Il devait considérer toutes ces œuvres comme indépendantes de son activité de compositeur car elles sont restées inédites à l’exception de 3 œuvres a capella, Humble suite au cantique des créatures, éditée en 1956, Nos autem en 57, Salve Regina en 58.

Alfred Desenclos – 1967.

Alfred Desenclos était très bon pianiste, il jouait quotidiennement Schumann, Ravel ou Debussy qu’il révérait, mais il lui arrivait aussi de jouer de l’orgue l’été, vers 1957-1960 quand il remplaçait Jean Vadon, l’organiste de Saint-Jean-de-Montmartre. Cependant, il n’aura écrit qu’une seule pièce d’orgue, à usage pédagogique, un Prélude et Fugue (1950) pour un examen au conservatoire de Lille.

Ainsi, la Messe de Requiem est elle le point d’aboutissement de son approche de la musique sacrée avec orgue. Annoncée dès 1956, il en écrit la majeure partie en 1963, puis elle sera éditée, dans les 2 versions, chez Durand en 1967. Le 18 mai 2001, l’œuvre est intégralement jouée à Atlanta sous un autre nom de compositeur (!) mais le plagiat est découvert car un membre de l’assistance venait de la chanter peu de temps avant et a immédiatement dévoilé l’imposture ; cette affaire a déclenché un scandale retentissant (au point de faire l’objet d’un article très long et très détaillé de Philip Kennicott dans le Washington Post du 7 juin) qui a très certainement contribué à faire connaître encore davantage cette œuvre dans tous les Etats-Unis.

Frédéric Desenclos




Fils d’Alfred Desenclos, Frédéric Desenclos a étudié l’orgue avec Gaston Litaize et André Isoir. Organiste à la Chapelle Royale du Château de Versailles, il est également professeur d’orgue au conservatoire d’Orléans.

 
 
 
* Depuis, au moins 2 autres enregistrements sont parus :
– avec le Choir of King’s College London, sous la direction de David Trendell ;
– avec le Vlaams Radiokoor, sous la direction d’Hervé Niquet.

En 2009, 8 pièces pour voix et orgue ont été éditées chez la Sinfonie d’Orphée.

 
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Rencontre régionale à Montpellier (Hérault)

Projet du buffet d’orgue du Temple Maguelone
à Montpellier. Crédit : archipat 2020.

Samedi 6 mars de 10h à 12h

Comme en 2020, le programme des rencontres régionales de 2021 est affecté par la situation sanitaire.

La première d’entre elles aura lieu le samedi 6 mars de 10h à 12h et sera consacrée à ce qui était initialement prévu ce jour-là à Montpellier : la présentation du projet d’orgue neuf dans le Temple Maguelone. Seront présentés, la genèse de cette opération, les objectifs, le financement et le projet détaillé avec dessins et plans. D’autre sujets seront également abordés comme c’est le cas lors des rencontres régionales d’Orgue en France.

Participeront à la réunion Michel Dautry, président de l’association des amis de l’orgue du Temple Maguelone de Montpellier, l’architecte Martin Bacot, concepteur du buffet et le facteur d’orgues Pascal Quoirin, qui construit l’instrument.

Les personnes intéressées peuvent s’inscrire dès à présent en adressant un mail à l’association (contact@orgue-en-france.org). Elles recevront le lien Zoom permettant de suivre cette visioconférence.

Par ailleurs, des questions peuvent être préalablement envoyées ; il y sera répondu au cours de la rencontre.

 

Les prochaines visioconférences sont prévues à Royan (13 mars) puis Sanary (10 avril). Les informations seront communiquées d’ici là.

 
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Le centenaire de Jeanne Demessieux.

Jeanne Demessieux

Le 13 février 2021 marque les cent ans de la naissance de Jeanne Demessieux.

Pour le monde de l’orgue, Jeanne Demessieux est connue à la fois comme une virtuose extraordinaire et comme l’organiste de la célèbre tribune parisienne de la Madeleine. Sa paraphrase sur le Te Deum et quelques-uns de ses chorals-préludes sont souvent joués. Ses Six Études sont à juste titre, réputées pour leurs difficultés techniques.

Dans les années 1990, j’étais jeune étudiant en classe d’orgue à Stockholm, et j’avais lu un article sur la vie de la musicienne au titre poétique “Jeanne Demessieux – Le Paganini oublié de l’orgue”, un article signé de Mark Fahlsjö, grande personnalité de la radio suédoise. L’histoire de cette vie à la carrière météorique s’arrêtant soudainement et tombant dans l’oubli m’avait alors beaucoup impressionné, tout en me paraissant extrêmement mystérieuse ! D’autant plus qu’il n’y avait pas vraiment d’autres sources d’informations disponibles à l’époque ; c’était la préhistoire de l’internet et je n’avais pas accès à ses enregistrements ni aux personnes qui auraient pu la connaître.

Quelques années se sont ensuite écoulées, et pour d’autres raisons j’ai été amené à étudier l’orgue à Paris au début des années 2000. Là non plus, étrangement, personne ne semblait la connaître autrement que par son nom. C’est à ce moment que, peut-être par l’intervention du l’Esprit-Saint, je me suis vu nommé organiste titulaire de l’église du Saint-Esprit en 2005. Quand je l’ai annoncé par téléphone à Rolande Falcinelli, mon mentor et guide, elle s’est exclamée “Ah, mais n’est-ce pas l’église où Jeanne était organiste ?”.

Effectivement, Jeanne Demessieux a été organiste titulaire à l’église du Saint-Esprit entre 1933 et 1962. La construction de l’église avait été entamée en 1928 et s’est terminée autour de 1934. Les premières années, les messes étaient célébrées dans la crypte. Un paroissien avait indiqué au curé, le père Fer de la Motte, qu’il y avait une famille installée rue Docteur Goujon dont la fille jouait du piano et était très douée. Jeanne Demessieux avait alors 12 ans et a donc commencé à accompagner les messes dans la crypte, sur l’harmonium Alexandre qui se trouve toujours sur place. L’orgue de chœur, conçu sur un plan d’Albert Alain par Gloton-Debierre, installé un peu plus tard, fut inauguré en décembre 1934 par Jehan Alain. Pendant presque trente ans, Jeanne Demessieux va accompagner les messes sur cet instrument en attendant le grand orgue qui manque toujours à l’heure actuelle.

Mon arrivée en 2005 survient 43 ans après son départ. Heureusement il y a encore des gens qui ont eu la chance de connaître Jeanne Demessieux et qui ont des souvenirs à me raconter. Ils me dressent un portrait très sympathique de cette musicienne extraordinaire.

Mon premier curé Jacques Hadengue se rappelle que lorsqu’il était jeune prêtre, le curé de l’époque, père Fer de la Motte, disait pour la sortie ; “Jeannette vous me ferez un peu de fugue après n’est-ce pas ?” Ou lorsque des jeunes mariés ayant demandé une certaine musique pour leur mariage, constataient que Jeanne Demessieux leur avait joué complètement autre chose, personne n’y trouvait rien à redire car tous l’aimaient bien. Il semble qu’elle participait vraiment à la vie de la paroisse. Elle était particulièrement émue par les baptêmes qui, disait-elle, la “rendait croyante”. Les paroissiens qui faisaient partie de la chorale et chantaient en grégorien à ses côtés à la tribune me racontent qu’il y avait souvent des visiteurs à l’orgue, et Jeanne Demessieux les prévenait en leur disant ; “Chantez bien maintenant ! Le monsieur là-bas c’est Maurice Duruflé” ou “Messiaen” ou “Dupré”, ou quelque autre célébrité du monde de l’orgue.

Un autre paroissien m’a donné un jour une déclaration pour la sécurité sociale qu’il avait faite pour Jeanne Demessieux, après qu’elle avait eu un accident de “glissade sur la neige” sur l’avenue Daumesnil en allant à l’église.

Hormis ces anecdotes, je n’en sais pas plus quinze ans plus tard. Malgré le peu d’années écoulées, la rupture avec cette époque semble totale, et Jeanne Demessieux paraît à la fois proche et éloignée dans le temps.

Mais après la pluie vient le beau temps, et aujourd’hui je me réjouis d’accueillir des jeunes organistes, très intéressés par les vies et œuvres non seulement de Jeanne Demessieux, mais aussi de Rolande Falcinelli et de Jean Guillou. Avec un certain recul, ces trois organistes-compositeurs forment, peut-être grâce à leurs différences, un trio assez uni finalement dans leur quête de pousser la composition et la technique de l’instrument encore plus loin qu’avait pu le faire leur maître Marcel Dupré.