2 juin 2017, 80è anniversaire de la mort de Louis Vierne à Notre-Dame de Paris

 

Un hommage de Jean-Pierre Leguay, organiste titulaire émérite de Notre-Dame de Paris

 

Louis Vierne à Notre-Dame
Louis Vierne à Notre-Dame

VIERNE ET VARIATION

Dans Mes Souvenirs, Louis Vierne parle clairement de ce qui l’a inspiré, séduit dans la luxuriance sonore du grand orgue de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Il dit s’être fait au contact de l’instrument et du lieu « une esthétique d’organiste de cathédrale ».

Cette esthétique, où abondent tour à tour les larges plans, la douceur, les grandes envolées, le recueillement, l’action réciproque des sons et de l’acoustique, est en effet amplement redevable à la facture et au bain sonore des instruments de Cavaillé-Coll qui, assurément, ont influencé, guidé, façonné la pensée organistique de Vierne. Sont également perceptibles, en filigrane, la taille de la cathédrale et son Histoire avec, ici et là, le sentiment pour l’auditeur qu’elles ont parfois pesé, privant alors quelque peu le compositeur de la ventilation et d’une certaine fluidité présentes dans plusieurs pages de sa propre musique de chambre.

Vierne dit aussi avoir éprouvé « une surprise double » lorsque, encore étudiant, il découvrit l’orgue de Notre-Dame : « celle de la clarté de l’audition et celle de l’instantanéité absolue de l’attaque ». La configuration des lieux est telle qu’à la console du grand orgue on n’est pas vraiment gêné par la générosité acoustique de la cathédrale. L’organiste doit néanmoins composer avec elle par la lisibilité de son toucher et de ses registrations bien davantage qu’avec la retenue des tempi, et avoir nettement présent à la mémoire le rendu sonore dans la nef.

 

Louis Vierne à Notre-Dame
Louis Vierne à Notre-Dame

 

On comprend la fascination de Vierne. Pour qui est de passage, ou en contact régulièrement étroit avec l’instrument aujourd’hui profondément restauré, la même fascination perdure. Une tentation pernicieuse se love toutefois dans cette somptueuse opulence : croire illusoirement qu’il suffit à l’organiste de recourir à des mélanges de jeux peu courants, ou d’ajouter à son assiette harmonique habituelle une septième par exemple, pour produire de l’inventif. Stratagème bien pauvre et trompeur ! On ne change pas d’oreille simplement en changeant de cravate, et l’on sait depuis longtemps que « l’habit ne fait pas le moine ».

Autre dimension chère à Louis Vierne : la relation intime entre l’organiste et son lieu d’expression. Or, comme toute relation, celle-ci est pleine de mystère. Que sait-on, en effet, de la vie profonde de la cathédrale ? De celle qui échappe à la perception immédiate à la surface de l’écume ? De l’alliage de la houle des jours et de la louange ?

Jean-Pierre Leguay à Notre-Dame
Jean-Pierre Leguay à Notre-Dame

 
Jean-Pierre LEGUAY, Avril 2017

 

 

Orgue en France remercie tout particulièrement Jean-Pierre Leguay pour cet hommage
 
 
A lire :

– « Mes souvenirs » et « Journal » aux éditions Symétries édités à l’origine par la Revue des Amis de l’Orgue

– Louis Vierne par Franck Besingrand aux éditions bleu nuit

– Louis Vierne par Bernard Gavoty aux éditions Buchet-Chastel (épuisé mais trouvable d’occasion sur internet)

 
_____________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________17/05/2017